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la voie de l’encens


                UTSUSEMI-KOO  (la mue de la cigale)
Aujourd’hui je suis allée à la Maison de la culture du Japon à Paris pour assister à une démonstration de KODO (prononcé Koodoo)  par l’école Shino.
On a d’abord eu droit à une mini conférence sur les origines de l’encens. C’était l’occasion d’apprendre que tous les matériaux (bois précieux ou plantes odorantes) ne se trouvent pas tels quels au Japon. C’était une surprise pour moi car il y a tellement d’occasions d’utiliser l’encens au Japon et on trouve partout des baguettes d’encens ou des sachets odorants à placer parmi les vêtements.
En fait, pour ce jeu, on n’utilise pas des batonnets d’encens mais de petits bouts de bois précieux.
Selon la brochure de la maison de la culture du Japon: « le Koodoo est un art spirituel associé à une pratique d’exercices olfactifs avec lesquels on s’applique à mémoriser et à distinguer des compositions subtiles d’encens. A l’instar de l’art floral, de la cérémonie du thé et des arts martiaux, la maîtrise du Koodooo permet d’aiguiser la concentration et d’élever d’esprit. »
Ce jeu d’encens (Kumi koo) est inspiré d’un épisode du 3e chapitre du Dit du Genji  qui s’intitule « La mue de la cigale ».
Pour résumer, le prince Genji chercher à rejoindre une jeune femme dont il est épris mais qui est mariée. Avertie par le parfum qui parfume les robes du prince, celle ci s’enfuit en laissant sur sa couche sa robe de soie. Pensant trouver la jeune femme seule le prince se faufile dans sa chambre mais celle qui se trouve endormie est en fait une autre.
Le prince Genji emporte le vêtement de soie de la belle et lui adresse ce poème:
Au pied d’un arbre, l’enveloppe vide d’une cigale enfuie.
Avec plus de regret encore je songe à elle
La jeune femme, séduite par le prince, lui écrit dans la marge du billet:
Telle la rosée déposée sur l’aile d’une cigale
Mes larmes mouillent ma manche en secret
A la cour de Heian les personnes de qualité hommes ou femmes , parfumaient leurs vêtements.Ce qui explique que la jeune femme ait reconnu le parfum particulier des vêtements du prince. On à d’ailleurs vu comment les courtisans parfumaient leurs vêtements en les posant sur une sorte de portant au-dessus d’un mini brasero.
Dans ce jeu qui correspond à ce passage on doit trouver le parfum du prince Genji parmi 4 échantillons correspondant à celui de la femme désirée. C’est un jeu pour trouver l’intrus.
Dans les 5 échantillons minuscules qui sont chauffés sur de la cendre posée dans un receptacle et passés parmi les joueurs il y a un intrus.
voici les différentes étapes:
 -Le maître de cérémonie retire un sachet parmi les 5 de la première senteur, ajoute le sachet de la senteur invitée et mélange les 5 sachets.
 -Les participants écoutent le contenu des 5 sachets (dans la voie de l’encens ont dit « écouter l’encens » au lieu de sentir l’encens, expression que l’on trouve dans les sûtras bouddhiques).
– on note sur une feuille les chiffres de 1 à 5 et trace un rond pour désigner la senteur invitée.
C’était vraiment une expérience intéressante et en plus bien que ce soit la 1ère fois j’ai réussi à trouver l’intrus. YATTA !!!!!
Le sensei calligraphie le nom des participants, et les détails du jeu sur une feuille sur laquelle il note également toutes les réponses en cochant les réponses correctes.
Comme j’étais la gagnante la plus proche du sensei, j’ai reçu ce papier.  Ureshii. Rire
D’autres kumi koo peuvent prendre des formes différentes et comporter plusieurs senteurs différentes à différencier.demonstration_kodo
 Sur la photo on voit la personne qui retire avec des petites pincettes le minuscule morceau odorant de la feuille de papier dans laquelle il est placé pour le poser sur une plaque de mica en forme de fleur. Ensuite le mica est posé sur la cendre.
Le bois ne brûle pas et il n’y a pas de fumée.D’ailleurs ou respire 3 fois et on expire en faisant attention de ne pas souffler sur la cendre.
On nous a expliqué que l’on commence à s’initier à ce jeu en étant l’invité. Après avoir acquis une certaine maitrise on peut passer au rôle de l’hôte, qui est plus difficile car il faut bien doser la cendre et faire en sorte que le morceau ne soit pas trop chauffé pour éviter toute fumée, et éviter qu’il brûle bien sûr.
Franchement , la Maison de la Culture du Japon nous permet de découvrir des aspects de la culture japonaise qu’il est parfois difficile au Japon puisque, parmi mes amies, aucune n’avait jamais participé à ce type de jeu.
Vivement le suivant.
 petite réponse à la question: pourquoi ne pas souffler sur l’encens ?
Si je peux avancer une réponse . Au départ les batonnets d’encens étaient posés devant les statues de Bouddha et on ne soufflait pas dessus pour ne pas souffler dans la figure du Bouddha (tout comme quand on est assis dans un temple on ne dirige pas ses pieds – qui sont la partie inférieure et impure du corps- vers le Bouddha).