Le tourisme au nord du Japon après Fukushima: voyeurisme ou soutien à l’économie locale?

Publié: mars 11, 2016 dans Japon

Ces deux articles m’ont particulièrement intéressés car ils posent la question à la fois du retour des exilés dans des zones potentiellement à risque et de l’arrivée des touristes dans les régions dévastées par le tsunami ou la contamination nucléaire ainsi que des raisons pour lesquelles des gens s’adonnent à ce que les anglais appellent le « dark tourism » .

voici les articles:

http://www.japantoday.com/category/national/view/fukushima-dark-tourism-helps-remembrance-and-healing

Five years after the Great East Japan Earthquake, disaster areas seek ‘recovery tourism’

Le 1er pose la question du « tourisme de catastrophe » des gens qui sont attirés par les zones comme ground zero ou Chernobyl. Pour les japonais qui accompagnent les touristes (également très souvent nippons) sur les sites le but est de montrer, d’expliquer. Comme le dit une survivante du tsunami Akiko Onuki, 61 ans, qui montre aux gens les ruines de sa maison  » il faut faire en sorte qu’il n’y ai plus d’autre Fukushima ».  (“We must ensure there are no more Fukushimas)

Tout d’abord j’étais choquée par les raisons qui peuvent pousser les touristes à aller sur ces sites, par peur du voyeurisme sans doute et j’imaginais plein de gaijins en train de prendre des photos mais il semble qu’il y ait de nombreux japonais qui, grâce à ces « tours », se rendent compte que la télévision leur décrit un retour à la normale qu’ils ne constatent pas une fois sur place.

C’est aussi l’occasion de parler avec ceux qui ne sont pas partis, des agriculteurs comme  Masami Yoshizawa par exemple qui soignent encore 300 vaches et ont refusé de les abattre… pour rien. Mr Yoshizawa explique ainsi que garder son troupeau est une façon de protester contre le gouvernement et la Tokyo Electric Power alors que le Japon est en train de redémarrer ses centrales nucélaires.

Pour certains étrangers aussi cette visite permet de partager la colère et la frustration des habitants, comme le dit l’un d’entre eux : « ce n’est pas un voyage joyeux mais c’est un voyage nécessaire » / “It’s not a happy trip but it’s a necessary trip”.

Bien sûr certains résidents sont partagés à l’idée de voir des « touristes » se balader, caméra à la main, dans les ruines de leurs villesalors que d’autres se sont portés volontaires afin de montrer la région aux visiteurs parce qu’ils se sentent coupables de ne pas avoir été plus actifs dans les mouvements anti nucléaires avant la catastrophe.

Le 2ème article lui a choisi l’angle du « recovery tourism » (tourisme de reconstruction), mis en avant par les régions comme celle de Miyagi (région ou le nombre de touristes a baissé de 40% depuis le séisme). La préfecture a affecté 40 millions de son budget de 2016 aux zones touchées par le séisme afin d’attirer les groupes de scolaires et les autres touristes. Faire revivre le tourisme est en effet crucial vu la baisse de population dans la région.

Selon un officiel le tourisme aide en augmentant la consommation dans les zones touchées mais les gens qui viennent aident également en visitant et en propageant un intérêt pour la région:“Tourism not only increases consumption in the areas, it also aids recovery by having people visit the region and raising interest ”.

Certains hôtels (comme l’hôtel Kanyo de Minami-Sanriku) organisent également des tours en bus afin de visiter les zones touchées. Les tours sont bien payants mais on verse simplement 500 yen de participation.

Ces deux articles m’ont fait revenir sur mon 1er avis de ne pas jouer les voyeuse en allant dans la région. Si j’en ai la possibilité je prendrai peut-être un tour avec des japonais afin d’avoir une vision plus locale et de montrer aux gens du Tohoku que l’on s’intéresse à leur sort au Japon mais pas que…

Et vous? Est ce que vous iriez dans les zones touchées par le séisme ?

Comme le rappelle l’article :  « it is important to show respect and moderation toward residents and not shout, drink alcohol or take group photographs as at other tourist attractions. » il faut maintenir une attitude correcte et ne pas se conduire de façon bruyante comme si on se trouvait sur un parc de loisir.

 

 

commentaires
  1. fjva dit :

    Une blogueuse que je suis va justement retourner au Japon prochainement, et notamment dans la région de Fukushima. Pour elle qui aime ce pays, il s’agit d’une étape pour assimiler ce qui s’est passé, pas de voyeurisme.
    http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2016/03/en-depit-de-fukushima-retourner-au-japon.html

    Bien sûr, comme partout il doit aussi y avoir des gens malheureusement qui y vont pour de mauvaises raisons… Mais je ne suis pas sûre que ce soit la majorité, surtout là-bas, car finalement on n’est pas sûrs que tout danger soit écarté.
    Pour moi qui vais souvent en Allemagne, ça se rapproche plus des gens qui visitent ce qui reste du mur de Berlin, ou des camps, et les mémoriaux consacrés à l’Holocauste… Certains éprouvent le besoin de toucher du doigt et de voir par eux-mêmes les lieux de ce genre d’événements. Moi ça me met mal à l’aise, les récits et photos me suffisent amplement… mais on ne réagit pas tous pareil.

    • Mchan dit :

      Perso l’année de Fukushima j’étais au Japon l’été d’après, que à Kyoto où c’était d’ailleurs troublant de voir à quel point tout était normal, à part les pubs pour les « bonnes tomates de fukushima ».. je n’avais pas trop envie d’aller dans le nord aussi parce qu’au début vu le manque d’eau et de nourriture ce n’était pas le moment de venir juste voir et de gêner tout le monde, du coup je me disais que sans apporter quelque chose ce n’était pas la peine. Ca m’aurait mis très mal à l’aise aussi. Je continue à penser que sans traducteur ou sans parler japonais pour expliquer aux gens pourquoi on vient et partager avec eux c’est plus pour soi qu’on y va.
      Ce que j’ai trouvé intéressant dans les articles c’est la dame qui disait qu’elle avait pu se rendre compte que la reconstruction dont on lui parlait tant n’avait pas eu lieu… Pour ceux qui aiment le Japon je comprend que ce soit une étape, une étape pas facile.

      • fjva dit :

        Ah oui, clairement y aller juste après la catastrophe, sauf à faire partie d’une organisation humanitaire et pouvoir y amener quelque chose, ce serait effectivement déplacé. A moins de vouloir témoigner, mais ça, je pense que ça ne manquait pas de journalistes sur place, j’ai vu quelques reportages photo pendant 5 ans. Qui, d’ailleurs, témoignent tous du fossé entre le discours officiel et la réalité de la reconstruction, hélas😦

        Mais bon, comme je disais, je n’ai pas forcément besoin de tout voir de mes yeux. Personnellement¨, je fais plus confiance à un reporter engagé qui a 6 mois pour enquêter, des sources et du temps, pour nous retranscrire la réalité, qu’à mon regard de touriste qui passerait 3h ou même 3 jours sur place, sans connaître la langue, pour comprendre ce qui se passe.

        Et oui, la barrière du langage me gênerait aussi.

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